mercredi 26 novembre 2008

Libération

Je reviens bientôt pour de nouveaux messages, mais si vous passez chez votre magasin de journaux, la consultation d'Adoption de Dijon a droit a une page complète aujourd'hui, très sympa !

Un style vif et dynamique qui me plait bien, et une correction parfaite des journalistes de Libération qui tranchent avec d'autres médias


Un petit lien, mais vous raterez le dessin qui évoque le départ de l'arbre qui cache la forêt et nonpas le déracinement, enfin c'est ce que j'ai compris.

http://www.liberation.fr/vous/0101268867-chez-le-docteur-des-enfants-adoptes

jeudi 16 octobre 2008

Lait frelaté chinois

Quelques parents inquiets, à juste titre, m'interrogent sur le risque du lait frelaté chinois. Lequel aurait été mélangé de la Mélanine afin de rendre moins évident le fait que ce lait a été coupé avec de l'eau..... encore une preuve des bienfaits du totalitarisme à outrance !

Je joins l'adresse du message de l'institut de veille sanitaire sur le sujet, le risque ne doit pas être écarté chez des enfants qui arrivent de Chine ou qui en sont arrivés récemment. Il convient de vérifier la fonction rénale par dosage dans le sang de l'urée et de la créatinine, et d'évoquer la présence de calculs rénaux en cas de douleurs abdominales. Pour une fois ce ne sera pas forcément les parasites et il sera nécessaire de faire une échographie.


http://www.invs.sante.fr/display/?doc=presse/2008/le_point_sur/melamine_141008/index.html

mercredi 15 octobre 2008

On Strike

Demain je suis en grève pour la première fois de ma vie, voici le mail que j'ai envoyé au syndicat des pédiatres hospitaliers qui nous proposait de distribuer un tract quant à notre retraite :

Personnellement je vais faire la grève pour la première fois de ma vie mais je ne distribuerai pas ce tract demain (ni celui du SNPEH, ni celui des anesthésistes), je le trouve trop « CGT », trop « SNCF » ; et si je suis admiratif quant à leur « expérience » je ne tiens pas à leur être comparé pour mon dépucelage !

Je ne demande pas un nouveau tract mais voila ce que j’exprime aux familles et aux membres du personnel qui m’interroge sur cette grève :

1- Il est clair que nous défendons notre retraite, et il est nécessaire de préciser qu’on nous demande un sacrifice qui n’a pas été demandé à d’autres.
2- Notre salaire est certes tout à fait correct (je n’ai pas honte de le dire, et les gens sont souvent surpris, nous imaginant tous de grands nantis) mais il y a 10 ans d’étude, 2 ans de clinicat payés au lance-pierres, des responsabilités, des stresses bien au-delà de la moyenne des autres professions. Je suis surpris par les revenus de certains amis (qui exercent des fonctions dans le domaine de la gestion ou du commerce) pour des niveaux d’étude, de responsabilité et d’heure de travail bien inférieurs.
3- Je n’ai pas encore parlé du nombre d’heure de travail : ma semaine se finit vendredi matin (après une garde où j’aurai été réquisitionné) et je viens de calculer cela fera 77 heures de travail depuis le vendredi matin précédent, sans compter les quelques publications et lectures d’articles que j’ai effectué en plus, à mon domicile !
4- Je ne me trompe pas de combat, je ne me sens aucune solidarité vis-à-vis de certains autres professionnels de santé (médecins ou non) et de leurs honoraires. Je reçois pour le domaine où je fais référence (l’adoption) des enfants de toute la France et je n’ai jamais voulu demander le moindre dessous de table ou dépassement d’honoraire (je fais bien la différence entre les deux). J’ai une consultation qui n’est que publique et qui ne me ramène aucun sou. Je pleure quand je vois ce que je débourse depuis quelques années et pour quelques années encore à l’orthodontiste qui fait un beau sourire à mes enfants. Il fait bien son boulot, mais pourquoi a-t-il plusieurs voitures, dont la moins chère coûte 50 fois plus que ma Ford Escort qui n’est plus côtée à l’argus ?
5- Nous sommes aussi découragés de voir que toute une partie de notre travail, au combien capital n’a pas la moindre reconnaissance ! Car même si elle fait faire de grandes économies à la société, elle n’a aucune reconnaissance dans tous les systèmes de cotation à la « con » et je pèse mes mots car mon expérience des dossiers russes (où l’enfant est un malade que la bonne médecine soviétique va guérir) me montrent notre régression. Passer une demi-heure à rassurer une famille après un malaise ne rapporte rien, alors que lui prescrire des examens sans intérêt…. Passer des jours à revoir une famille adoptive au bord de la rupture pour arriver à renouer les liens et à repartir sur de bonnes bases si cela peut éviter un placement permet d’éviter un coût de plusieurs centaines d’euros par jour à nôtre société (c’est le tarif d’un enfant en institution), mais cela ne rapporte rien à mon service et à mon CHU.
6- Enfin je rappelle que la passion est là, et avec l’affection que nous avons pour nos petits patients et qu’il n’y a pas beaucoup d’autres choses qui nous tiennent à l’hôpital.

Première fois que je participe au site de discussion, excusez mes aigreurs, et bien amicalement à tous amis pédiatres.
Je me trompe peut-être de combat pour la grève de demain, mais pour une première fois il fallait bien plus que des motifs CGT de pseudo défense du service public pour me motiver…

JV de Monléon – CHU de Dijon

jeudi 9 octobre 2008

"C'était pas l'adoption Maman !"

Pas mal de consultations en ce moment, et comme toujours beaucoup de témoignages.

L'un d'entre eux m'a particulièrement touché, une maman me raconte la maladie grave de son enfant, maladie rare, un peu mystérieuse qui n'a rien à voir avec l'adoption. Pourtant quand les symptômes ont commencé à l'adolescence, c'est à cela que beaucoup d'intervenants ont pensé devant la fatigue du jeune homme : il est ado, il est adopté, c'est forcément une dépression.
Quand de nombreux mois après, la maladie est enfin diagnostiquée, c'est une des premières choses que dira ce grand garçon à sa maman: "C'était pas l'adoption Maman !". Comme une délivrance, malgré le difficile diagnostic, que l'on ne nie plus sa filiation.

Dans le même style, l'histoire d'un petit bonhomme qui m'a suffoqué. Il va bien comme un petit garçon de 7 ans. Il vit bien son histoire d'adoption, il la connaît mais ça ne l'obsède pas. Il est un peu jaloux de sa petite soeur, aimerait parfois avoir son papa et sa maman rien que pour lui .... un petit bonhomme comme beaucoup d'autre !
Pourtant lorsqu'il est hospitalisé pour un petit souci, les médecins n'oublient pas de rappeler à ses parents qu'il est adopté. Pour eux, cela veut dire qu'il y aura des problèmes, que cela va "sortir", il vaudrait même mieux que cela sorte maintenant plutôt qu'à l'adolescence. Aussi il lui est prescrit du Laroxyl, un antidépresseur ! On croit rêver !
Ce serait presque risible, si une fois encore cela ne témoignait de la place de l'adoption et des enfants adoptés dans notre société ! Ils sont trop souvent enfermés dans un statut dans des lieux communs qui ne sont les leurs....

mardi 30 septembre 2008

Diarrhées chez un enfant adopté

Les diarrhées sont extrêmement fréquentes chez les enfants adoptés et peuvent devenir chroniques.

La première cause (et de loin) est la présence de parasites intestinaux.
Ils sont très fréquents, presque obligatoires et ce quelque soit le pays d’origine. Ils ne sont pas toujours identifiés par les laboratoires français qui n’ont pas l’habitude de telles bestioles.
Il ne faut pas hésiter à traiter même si rien n’a été identifié. Les traitements ne sont pas dangereux et peuvent bien soulager.
La deuxième cause est l’intolérance au lactose, très fréquente en particulier chez les petits africains et les petits asiatiques. Il s’agit d’une incapacité à digérer ce sucre trouvé essentiellement dans le lait. Cela peut être entretenu par une parasitose, c’est le plus souvent transitoire et cela passe au bout de quelques semaines ou quelques mois, mais cela peut aussi durer plus longtemps.
Il ne faut pas se contenter des explications trop souvent fournies, "c'est le changement de régime alimentaire" ou "c'est parce qu'il mange trop". Non, non et non, avant tout toujours penser aux parasites et touit faire pour les éliminer.


Voici la marche à suivre que je conseille.

1 – Faire réaliser un examen de Parasitologie des selles, en faire au moins trois répartis sur 10 jours en amenant à chaque fois les selles les plus fraiches possibles au laboratoire. En privilégiant un gros laboratoire, plutôt que le labo de quartier qui ne voit de telles bestioles que tous les 36 du mois. L’idéal ce sont les services de parasitologie que l’on trouve dans les CHU.


2 - Une fois ces examens faits, et sans en attendre le résultat il faut traiter :
- Fluvermal 1 cuillère à café matin et soir pendant 3 jours
- et Flagyl : 40 mg par kilo et par jour pendant 5 jours

3- Si cela persiste refaire une nouvelle série de parasitologies au bout d’un à deux mois, et refaire non pas une fois mais deux fois le traitement déjà décrit en laissant 15 jours entre les deux cures.

4- en cas de persistance il faut envisager l’intolérance au lactose. Les tests pour objectiver cette anomalie sont à mon avis peu fiables et d’utilité modérée.
Il faut arrêter toute alimentation lactée pendant un mois et voir ce qui se passe. Le lait doit être remplacé par un lait sans lactose pour nourrissons que l’on trouvera en pharmacie ou par du lait de soja pour nourrissons (voir la note plus bas sur les laits de soja). Les yaourts et les fromages peuvent être continués car le lactose y est digéré par la fermentation (qui a transformée le lait en yaourts ou fromage).
Si cela s’améliore au bout d’un, deux ou trois mois, on peut tenter de réintroduire petit à petit du lactose.

5- en cas de persistance, il faut envisager les autres causses de diarrhées chroniques qui sont aussi fréquentes chez les petits gaulois que chez les petits adoptés : allergie au protéines du lait de vache, maladie coeliaque, etc... maladies que tous les pédiatres connaissent bien.


Les produits parfois donnés pour des diarrhées en France n’ont jamais véritablement fait preuve de leur efficacité dans ces « diarrhées françaises bien gentilles » ils sont encore moins efficace sur les diarrhées tropicales, donc ce n’est pas la peine d’en gaver vos petits.

Les laits à la mode : amande, châtaigne, noisette et j’en passe ne sont absolument
pas adaptés à l’alimentation d’un nourrisson ils ont pour principal intérêt d’enrichir leur prescripteur et leurs fabricants. Je préfère les proscrire.

Il y a lait de soja et lait de soja. Ceux que l’on trouve au rayon bébé, fabriqués par les grandes marques de nutrition infantile (Guigoz, Gallia Nestlé, etc) correspondent à une alimentation équilibrée pour un nourrisson. Ce que l’on trouve au rayon diététique sont plus proches de l’eau que du lait par leurs qualités diététiques (quantité de protéines, de calories, de calcium) comme les laits à la mode précédemment décrits ils peuvent être dangereux. Les enfants ont aussi besoin de calories pour reconstituer leur tube digestif abimé et entre autres défauts ces produits n’en amènent pas assez.

lundi 15 septembre 2008

Entretiens de Bichat

Jeudi, je suis allé parler de la santé des enfants adoptés aux entretiens de Bichat.
Il s'agit du congrès sans doute le plus médiatique de France, celui dont on parle à la télé, un de ceux qui réunissent le plus de personnes, et notamment pleins de généralistes.

Jeudi il y en a eu 800 !

Aussi j'étais ravi d'y participer et je remercie les organisateurs d'avoir laissé cette place aux enfants adoptés.

La décéption a été à la hauteur de ma joie, même sans doute plus importante : il n'y avait que dix personnes pour m'écouter !!! Dix médecins très intéréssés et très sympathiques. Mais où étaient les autres : en même temps une conférence sur le suicide (je veux bien que beaucoup soient allés écouter cela, c'est un problème angoissant) et un sujet très pointu d'ORL que j'ai du mal à imaginer comme passionnant pour les généralistes !

Ce n'est pas pour moi que j'ai été déçu, j'ai déjà fait des conférences devant des centaines de personne, je sais que je suis écouté, mais c'est bien pour nos enfants !
Mon exposé était très pratique, inspiré de mon expérience et des vôtres, pour que les généralistes qui m'auraient entendu ne disent plus (cf le message précédent) "il va bien ce n'est pas la peine de faire un bilan" ou " c'est normal qu'elle fasse sa puberté si tôt" ou encore "la diarrhée c'est le changement de régime"etc, etc....

Les consultations spécialisées pour les enfants adoptés ont encore de grands jours devant eux. Cela me passionne et je ne m'en plaindrais pas si cela n'était pas significatif de la place des petits adoptés dans nôtre société.

mercredi 10 septembre 2008

Le bilan d'arrivée

Quand un enfant est adopté et à de rares exceptions (enfant né en France ou venant d'un endroit particulièrment sûr), il nécessite un bilan médical.

Dire qu'il va bien et que c'est inutile de l'embêter n'est pas approprié : beaucoup de pathologies sont discrètes mais plus on s'en occupera tôt moins elles risquent de faire des dégâts. En France, la plupart des nouveaux-nés vont bien et pourtant ils ont droit à toute une batterie d'examen avant et après la naissance.

Dire que tout a été fait dans son pays d'origine témoigne d'une grande naïveté : la fiabilité des laboratories d'origine laissent à désirer, et en orphelinat on se contamine facilement.... quelques jours après les examens !

Dire qu'il faut lui laisser le temps de se poser est très gentil et serait une bonne chose si cela ne faisait pas perdre de temps, pour traiter une maladie qui peut évoluer défavorablement et..... être contagieuse.

Très important ce bilan d'arrivée peut être prescrit par n'importe quel médecin mais il n'est qu'une petite partie d'une VRAIE consultation d'arrivée qui ne peut être fait que par quelqu'un qui a de l'expérience dans l'adoption.

Ce bilan doit être précédé d'un examen médical complet qui pourra donner des indications sur d'éventuelles maladies et l'état nutritionnel.

Que dépister dans ce bilan :
-Des maladies graves d'évolution parfois discrètes : Sida, hépatite B, hépatite C, syphillis et tuberculose. En dehors de la tuberculose (voir le message consacrée à ce sujet) les autres maladies se dépistent par une sérologie (prise de sang).
-L'efficacité des vaccinations, parfois on a de très beaux carnets de vaccination complètement faux ! Pas la peine de tout contrôler mais les maladies qui ont les meilleurs taux d'anticorps (diphtérie et tétanos) et en fonction de ce taux on voit s'il faut repartir à zéro, se contenter d'un seul rappel ou de rien du tout pour l'instant.
- Un petit bilan général (numérationde formule, ionogramme sanguin, dosages des transaminases, de marqueurs nutritionnels) est aussi à faire.
-Si l'enfant a moins d'un an, il faut aussi rechercher les pathologies dépistées chez tous les bébés pendant la grossesse ou le séjour à la maternité : recherche d'une hypothyroïdie, d'une phénylcétonurie, d'une rubéole, d'une toxoplasmose.
-En cas d'origine asiatique ou africaine il faut dépister une malformation de l'hémoglobine (principal constituant des globules rouges) par une éléctrophorèse. Un prochain message fera le point sur ces maladies.
-Chez les petites filles âgées de plus de 4 ans, du fait du risque de puberté précoce (là aussi il y aura un message sur le sujet) un âge osseux est à faire de manière très rapide. Cet examen est utile aussi en cas de doute sur l'âge. Mauis ATTENTION l'âge osseux n'est jamais une parole d'évangile pour définir l'âge réel d'un enfant.
-Pour tous une série de trois examens parasitologiques des selles, en amenat des selles fraiches (et oui, c'est poétique) à un laboratoire qui a l'habitude de ces bestioles. Même en Europe de l'Est il y a pleisn de parasites dans les orphelinats.
-En fonction de l'examen clinique et au cas pas cas d'autres examens peuvent bien sûr être rajoutés.