dimanche 14 décembre 2008

Le prénom : le changer ou le garder ?

Plusieurs personnes m'ont demandé récemment ce que je pensais du prénom des enfants adoptés, doit-on le changer ou le garder ?
J'en parle aussi parce que cela aurait été évoqué il y a quelques temps par le "psy de la télé". Le personnage parle très bien, il sait beaucoup de choses et a fait avancer pas mal de choses pour le bien des enfants et des familles, il a aussi beaucoup d'humour, ce qui est pour moi une grande qualité.
Le souci c'est qu'il parle très bien aussi de ce qu'il connaît moins bien. Et dans l'adoption, j'en ai un peu ras le bol des théories, des théoriciens, c'est avec de grandes théories que dans la médecine on dit (et fait) parfois n'importe quoi. Je crois beaucoup plus à l'expérience, à la pratique.
Je serais bref, et j'encourage ceux qui veulent en savoir plus à lire (ou relire) le chapitre assez long que j'ai écrit dans mon livre sur le sujet.
En bref, c'est bien joli et sans doute bien vrai de dire que cela peut troubler un enfant, déjà un peu grand de ne plus être appelé de la même façon. Mais cet enfant vient déjà de changer de culture, de parents, parfois de pays, le prénom ce n'est finalement qu'un détail de plus dans les changements.
Au contraire, garder son prénom, c'est parfois (je pense à quelques exemples, ce n'est ni de la théorie, ni du militantisme) le retenir un peu dans sa vie d'avant, l'empêcher de trouver sa place. Cette vie d'avant qu'il ne faut pas oublier, qu'il faut respecter, mais qu'il est important de laisser à sa place si on veut progresser.
Pour tout enfant quelque soit son mode de filiation, le choix du prénom par ses parents est quelque chose de capital, une façon parmi d'autres de créer un lien .... 
De plus les prénoms d'origine ne correspondent parfois à rien, ils ont pu être donné par une administration par toujours bienveillante, ils sont parfois impossibles à prononcer, sujet de moqueries, etc...
Mon conseil est de choisir le prénom qui vous plaira, et de garder en deuxième prénom, celui d'origine, sauf s'il a une consonance trop négative (j'ai connu un enfant dont le prénom signifiait malvenu).
Enfin, une petite pensée pour ces trois soeurs arrivées d'Ethiopie il y a quelques mois. Les parents avaient décidés de garder leurs prénoms d'origine, choix tout à fait respectables, ils aimaient ces prénoms. Trois mois après toutes trois avaient fait le choix de leurs deuxièmes prénoms, prénoms bien français, bien gaulois, elles y avaient vu une concrétisation de leur adoption, un moyen de trouver leur place à l'école, dans la société. Les parents se sont inclinés. Toujours écouter et accompagner les enfants !

15 commentaires:

nf a dit…

Bonjour,
je lis avec bcp d'attention tous vos "articles"... mais je n'ai pas trouvé quoi que ce soit sur les "mères" célibataires : qu'en pensez-vous ? est-ce un traumatisme suppl pour les enfants ? je viens de commencer les démarches (je suis célibataire)et évidemment je me pose bcp de question car cela reste assez mal vu... nf dijon

Distribil a dit…

Merci pour ce post sur les prénoms, sujet à cogitation depuis de nombreux mois en ce qui me concerne; dur dur surtout quand le reste de la famille derrière est "contre" le changement, préférant le prénom d'origine de ma fille... mais je suis la mère adoptive, donc je choisis ce qui me semble le mieux pour mon enfant, non ?
;-)
Vos écrits me confortent dans mon choix.
Audrey

ganesh46 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
ganesh46 a dit…

bonsoir,
je pense que chaque adoption es vraiment particulière et chaque enfant a son histoire avec son prénom (de naissance ou donné par la pouponnière)
notre fille portait les deux prénoms qu'elle a actuellement. son premier prénom est très "français" et magnifique à nos yeux et le second est sénégalais. quand ses parents nous l'ont présentée sous ce prénom tout de suite nous sommes tombés d'accord avec mon mari! de plus ses parents biologiques l'ont faite baptiser avant son adoption ce qui pour nous est important (pas du fait de la religion, mais de la confiance qu'ils ont mis en nous pour adopter leur fille.)
donc nous avons respecté leur choix vraiment avec bonheur.
changer le prénom ne me choque pas non plus mais, ne pas garder au moins en deuxième prénom le prénom d'origine me dérange qd même.
qu'aurions nous fait si son prénom avait été autre??? nul ne le saura jamais.
bises et bonne reflexion
au fait ma fille s'apelle Constance et Adama.
Anne maman d'une perle d'Afrique et d'un bb "miracle" avec un seul prénom, Baptiste.

Bucada a dit…

Bonjour,
je ne sais pas s'il y a une bonne réponse, chaque cas étant particulier...Celui de mes enfants (frère et soeur de 5 et 6 ans)étaient particulier, et aujourd'hui ils portent leur deuxième prénom colombien parce que:
1) ils n'ont jamais utilisé le premier...ni en Colombie, ni en France.
2) ils sont bien leur peau, mes petits caramels, et une de leur propriété, à eux, rien qu'à eux, c'est leur prénom.
Alors, je crois que nos enfants ont fait le choix de garder leur prénom et c'était tellement évident pour eux que mon mari et moi l'avons accepté sans nous poser de question. Nous n'avions pas la bonne réponse à long terme de toute façon...
Amitiés à tous.
Claudie

Jean-Vital de Monléon a dit…

Merci de vos commentaires qui me font plaisir surtout quand ils disnet que chaque cas est particulier.
La généralisation est mon grand ennemi, car le grand ennemi de l'adoption.

pasado a dit…

bonjour
je lis tj avec intérêt vos post ...
au sujet des prénoms ..
Salomé adoptée en 2001 à l'âge de trois ans, un des premiers jours avec moi c'est plantée devant moi en disant
Moi pas bébé moi lé Salomé (Haïti 2001)
quand à mon fils de 3 ans adopté lui à 6 mois son prénom vietnamien était Hoaï Han "Haine Eternelle" même les interprètes n'osaient le prononcer ..
il est devenu Dorian (don du Ciel), HoaÎ (éternel)
merci

blanche06 a dit…

Bonjour,
chaque histoire est effectivement bien particulière en effet
notre enfant adopté à l'âge de 21 mois (il a 4 ans maintenant)au Vietnam a gardé son prénom d'origine, tout d'abord parce que nous le trouvons beau Thuân (ce qui veut dire consentement en viet)mais aussi parce que je suis d'origine vietnamienne et que moi et mon mari français sommes très attachés au Vietnam. Son 2ème prénom est bien français : Hugo.
ce qui reflète bien notre famille multi-ethnique.
amicalement, Blanche

heilanie a dit…

Ia orana,
Votre article m'interpelle...Je lis de temps en temps votre blog car je le trouve "riche" avec cet aspect tant professionnel que personnel.ET puis, ayant été adoptée au fenua, cela rapproche;-)Ceci étant dit, je ne partage pas votre position sur le changement de prénom...Mes parents m'ont laissé mon prénom d'origine en 2è position et je l'ai vécu (adulte), comme une négation de mes racines.
Pourtant,choix fait avec amour...Lorsque j'ai pu renouer avec le fenua,on m'a nommé par ce prénom tahitien en latence, et cet écho ressenti fut douloureux.Ces racines qui sont miennes se sont évanouies lors de mon adoption, j'aurais aimé que l'on me permette d'emporter au moins ça de mon début d'histoire, qui a construit aussi la femme que je suis devenue...
Ma position est toute personnelle et ma souffrance aussi.Je ne livre qu'une expérience qui loin d'être universelle n'en n'est pas moins isolée...
Nana,

Heilanie(en attente d'un trésor philippin via l'AFA).

Bucada a dit…

Heilanie,
merci pour votre commentaire. J'espère que mes enfants apprécieront plus tard le fait que nous ayons conservé leurs prénoms colombiens. Bonne route vers votre trésor des Philippines.
Claudie

cundina a dit…

Bonjour.
J'étais en train de chercher des idées de prenoms pour mon petit garçon à venir quand je suis tombée sur votre blog.
Je suis d'une famille où nous sommes 5 enfants adoptés: notre Maman a changé de prenoms pour une seule d'entre nous.
Personellement j'étais contre le fait de changer de prenom à un enfant adopté: c'est tellement dur de se construire arrivé à une periode de la vie (l'adolescence); tellement que pouvoir se raccrocher à son vrai (selon moi)prenom est important: on se sent moins perdue. Je suis tellement fiere de mon prenom et egalement de mon de famille d'origine. Je reste sur mes positions, car dans ma famille celle qui a vu son prenom Indien se transformer en prenom français , a eu une adolescence et un debut de vie de femme tres difficile.
Cependant je ne peux generaliser l'histoire de ma famille à celles de toutes les familles ayant des enfants adoptés.
Et aujourd'hui, alors que je vais devenir Maman, je comprends le fait de choisir le prenom de son futur enfant: ca represente tellement pour une maman (enceinte ou pas) de donner une identité à ce petit etre qui arrive!
J'avoue qu'en tant que futur Maman je suis moins "intolerante" avec les parents qui decident de changer le prenoms de leur enfants du bout du monde; mais en tant qu'enfant adoptée je remercie ma Maman d'avoir concervé nos prenoms qui representent nos identités vraies.
Voila.
Je ne pense pas que ce que j'ai ecris fera avancer les choses, mais au moins j'ai pu donner mon avis.
Miléna.

Jacqui a dit…

Bonjour,
Je viens de chercher sur ce blog des réponses à certaines de mes interrogations. Nous sommes (mon mari et moi) apparemment un cas exceptionnel (c'est ce qu'on nous a dit) puisque la décision de l'agrément a été reportée (ni oui ni non). Nous avons un fils biologique de 11 ans qui est en pleine forme et qui accepte l'idée de l'adoption avec sérénité. Il est sans enthousiasme particulière pour l'adoption il est vrai (ça fait trop longtemps qu'on essaie de lui faire un petit frère/soeur il a bien le droit de ne plus tellement y croire), mais il est très épanoui, bien entouré par des amis, super bien équilibré (j'en suis très fière, n'est-ce pas) et il est sûr de notre amour. l'AS nous a envoyé voir un psychologue à Paris puisqu'il n'y avait pas de psychologue attitré dans le service où on traite notre dossier. Le contact a été bon avec le psy que nous avons vu plusieurs fois, avec et sans notre fils, et elle a donné un avis favorable. Le contact était plus difficile avec l'AS et elle a donné un avis défavorable ou très mitigé en mettant en cause une notion de filiation. Ensuite on nous envoie refaire tout le processus avec un deuxième psychologue qui est arrivé dans le service. Nous sommes un couple on ne peut plus normal (bien évidemment pas parfait mais je n'en connais pas beaucoup des gens parfaits). Nous avons réfléchi longuement à l'adoption avant de demander l'agrément. Mon mari est français. Je suis anglaise, ma soeur et son mari ont adopté un petit garçon il y a 7 ans. On leur a dit de garder son prénom d'origine.
Lors du premier rencontre avec le deuxième psy il y a qqs jours on nous a dit que nous aurions des problèmes de filiation parce qu'on n'imaginait pas lui imposer un prénom (on a demandé un enfant de 0 à 7 ans) et qu'on n'arrivait pas à 'rêver' cet enfant. Justement on supposait qu'il fallait mieux respecter la personne et ne pas lui enlever ce qu'il avait de plus personnel. J'entends bien votre discours et cela me donne matière à réfléchir.
L'AS semble avoir pensé que notre fils vivrait mal la venue d'un deuxième enfant. Je n'y crois pas. Bien au contraire. Ce serait enrichissant pour lui. Pour nous tous. Nous avons évité d'imaginer' notre enfant. Le premier psy disait que c'était normal. En fait nous n'avions pas 'revé' notre fils avant de le découvrir, on ne savait pas à quoi s'attendre. On est pareil pour le deuxième. Même si je deviens un peu sceptique sur nos chances d'obtenir l'agrément (je lutte contre ça) on continue. Notre fils doit voir maintenant le deuxième psy. Nous avons RV pour nous les parents dans un mois et demi. Puisqu'il est bien de le faire apparemment, nous essayons de 'rêver' notre enfant. Nous lui avons donné le prénom qui nous plaît, nous avons essayé d'imaginer sa tête, sa physique, ses comportements. Il est très difficile de ne pas croire qu'on se trompe. Nous sommes intimement persuadés être des parents 'instinctifs', que des liens de filiation se créeraient très rapidement, qu'on va aimer notre deuxième enfant autant que le premier. Mais comment en convaincre le AS et le psy? Je suis un peu surprise et triste de voir le mal que nous avons pour passer cette première étape.
Vos conseils et réactions seraient les bienvenus.

mariane a dit…

Bonjour

Noter fille a rectifié pour nous!
Arrivée à l'age de 8 ans, avec son surnom russe "macha" (coutume linguistique) pour un prénom déclaré "Maria", nous nous étions dit que nous allions lui proposer Marie (francisation de son prénom d'origine russe).

Et laisser Macha en second prénom.
Cela a tenu 2 mois.

Un beau matin, dans son français hésitant elle nous a regardé bien droit dans les yeux et nous a dit moi....moi je m'appelle Macha + son nom français!

Ok miss Macha et en fait, c'était certainement aussi notre souhait car le basculement général de ce prénom s'est fait pour toute la famille (grand frère et sœur) dans la journée!

Merci pour votre blog, dont nous conseillons souvent des articles sur notre forum post-adoption pour la Russie.

Bien à vous,
Mariane

mariefrancegn a dit…

Bonjour,

Chaque adoption a son histoire particulière, mais pour nous c'était important de choisir le prénom de notre fille. Nous avions un prénom en tête depuis très longtemps. Notre fille avait déjà 6 ans quand nous l'avons adoptée d'Haïti et elle connaissait donc son prénom, mais le changement n'a pas été difficile. À l'origine, elle s'appelait "Johane", un prénom portable en France mais que nous n'aimions pas. Maintenant, son nom complet est "Mathilde Élizabeth Adélaïde..." et nous l'appelons tout simplement Mathilde. Comme l'article le dit, c'était un changement parmi tant d'autres.

Nous prononçons le nom de nos enfants des centaines de fois par jour... et le fait que notre fille adoptive réponde au nom que nous lui avons donné a beaucoup aidé à créer entre nous un lien comparable à celui entre enfants et parents biologiques.

MCB62 a dit…

Bonjour,
Je lis avec intérêt votre blog et les réflexions des uns et des autres qui nous font bien intégrer qu une histoire n'est pas l'autre, et que notre rôle de futurs parents est de savoir s'adapter.
Munis de notre agrément pour un enfant âgé de 4 à 8 ans, il semblerait que notre chemin nous mène vers un enfant pupille. La question du prénom est souvent évoquée pour les enfants arrivant de l'étranger. Quelle est votre expérience pour les enfants pupilles, nés en France et ayant donc un prénom tout à fait compréhensible, mais que, néanmoins, nous sommes susceptibles de ne pas aimer?
Merci