mardi 24 février 2009

Adoption en Polynésie et défenseur des enfants

Un sujet d'actualité puisque Madame Dominique Versini a présenté récemment, un rapport au Comité des Droits des Enfants aux Nations Unies, à Genève.
Dans ce texte très intéressant, on trouve quelques mots (une page) sur l'adoption en Polynésie. J'en ai été tenu informé par plusieurs sources, soit "mon" réseau polynésien, soit le réseau adoption. Pour prendre connaissance de ce texte suivre le lien suivant puis aller vers la page 46 :

http://www.defenseurdesenfants.fr/pdf/Rapport_Geneve.pdf

Ceux qui ont lu mon livre savent que la Polynésie est pour moi quelque chose de très important : sur le plan familial mes trois aînés sont nés aux Iles-sous-le-Vent, sur le plan pédiatrique, j'ai été il y a quelques années le pédiatre de Raiatea et sur le plan anthropologique les îles de Raiatea et Maupiti ont été mes terrains de recherche. Le mode d'adoption polynésien peut tellement surprendre qu'il nous permet de comprendre beaucoup de choses sur l'adoption en général (c'est bien le but de l'anthropologie).
Même si personne ne me l'a demandé, je tenais à donner mon avis sur ce texte, avec lequel je suis presque complétement d'accord.

Paragraphe 100 : l'instabilté politique de la Polynésie gêne tout développement de la politique de l'enfance. Effectivement depuis 5 ans, les gouvernements valsent à une vitesse démesurée avec des alliances plus que surprenantes parfois ! Le dernier date d'une semaine...on n'en a même pas parler en métropole. Un espoir toutefois, dans ce noveau gouvernement, je connais un peu la nouvelle ministre de la famille polynésienne (Madame Merceron) et je pense qu'elle aura à coeur de faire avancer ces sujets.

Paragraphe 101 : le don d'enfants est évoqué, c'est le terme consacré en Polynésie, la façon dont parle les polynésiens. Je tiens toutefois à préciser que s'il y a bien un don dans les adoptions en Polynésie, il s'agit dans la plupart des cas (surtout en cas d'adoption par des métropolitains) de don FAIT à l'enfant. Ses parents bio n'ont pas les moyens sociaux ou économiques de s'en occuper et ils lui cherchent une famille. Leur pensée est "Mon enfant, je t'aime, je ne peux te garder, je vais chercher ceux qui pourront te rendre heureux, et te donner un meilleur avenir", en ce cas, les métropolitains peuvent comprendre qu'ils ne doivent pas faire de démarchage intensif, mais à faire connaître leur désir d'enfants et leur amour des enfants... semer pour attendre la bonne nouvelle qui risque de mettre du temps à venir sans doute, mais qui ne sera pas un espèce de viol des consciences, des pressions évoquées par la défenseur des enfants !
Alors que si on croit qu'il s'agit de dons d'enfants (possible et encore fréquent à l'intérieur de l'ethnie polynésienne), on peut vite imaginer la pensée des parents bio comme "Je ne suis pas attaché à mon enfant, je vais en faire cadeau à quelqu'un" et dans notre pensée occidentale plus mercantile que la société polynésienne on croiera vite "S'ils sont capables de donner leurs enfants, peut être les vendront ils ?". D'où un démarchage qui fut souvent maladroit et parfois scandaleux. En 2002, quitte à me faire haïr par certains, j'avais conseillé aux polynésiens de mettre quelques barrières autour de l'adoption. Car cela pouvait être du n'importe quoi : des postulants débarquant dans des chambres de maternité auprès de jeunes accouchées qu'ils ne connaissaient même pas pour leur proposer d'adopter leur enfant (parfois moyennant finance...). J'imagine quelqu'un faisant cela dans la maternité qui est au bout du couloir de mon service de pédiatrie !
C'est une maman elle même métisse, me décrivant que se promenant sur le marché de Papeete, avec son enfant de quelques mois (adopté qui plus est , cela pourrait être un gag) se voit apostrophé par des métropolitains qui lui propose d'adopter cet enfant, qu'avec eux il sera bien traité ??? Allez faire cela sous les halles de Dijon, avant de l'envisager en Polynésie. Vous me raconterez ce qui va vous arrivez....
Les polynésiens aiment leurs enfants, parfois pensant qu'ils ne pourront les assumer ils envisagent des les confier à d'autres pour leur promettre un meilleur avenir... Mais les choses changent, Tahiti et ses îles ont été un des rares endroits où on pouvait adopter des tous jeunes enfants et trop de postulants se sont bousculés. Si la plupart ont accepté les règles du jeu, certains sont passé du côté obscur, et il suffit d'une adoption désatreuse pour salir 100 adoptions propres, on retiendra plus le bébé vendu aux enchères que la belle histoire de confiance entre deux familles... La société polynésienne change, elle s'occidentalise et certains polynésiens peuvent prendre des mauvaises habitudes, ce sont rarement les parents biologiques mais plus des personnes en qui ils croient avoir confiance qui jouent les intermédiaires véreux et jouent le jeu financier de certains postulants.
Les conséquences en sont que beaucoup de polynésiens ont perdu confiance dans les métropolitains qui veulent adopter et que certains comportements (comme revenir sur sa décision) qui étaient rarissimes deviennent fréquents. Ajoutez à cela le développement de la contraception et de l'IVG et vous comprendrez que l'adoption en Polynésie devient de plus en plus rare et périlleuse.

Comme Madame Versini le dit dans son chapitre 103, c'est aux Polynésiens de prendre les décisions pour faire évoluer l'adoption dans le sens qu'ils le veulent en respectant leur tradition d'adoption plusieurs fois centenaire et en l'adaptant aux évolutions d ela société polynésienne. Le reste serait du colonialisme ! Ce n'est pas nous les gaulois avec notre jeune loi de 1966 qui allons leur expliquer l'adoption !
Par contre je ne suis pas du tout d'accord du point de vue de Madame Versini de privilégier l'adoption simple. La différence entre les deux modes d'adoption est une question d'héritage, rien d'affectif là dedans, et quand on explique clairement aux polynésiens la différence entre les deux ils choisissent l'adoption plénière.... mais ce sera l'occasion d'un nouveau post sur ce gros marronier qu'est la différence entre ces deux modes d'adoption... Le choix du mode d'adoption n'a rien à voir avec la fin de son paragraphe sur le respect mutuel et l'envoi de nouvelles que j'approuve à 200%.

Rien à dire sur le paragraphe 104, mais la décision appartient, une fois encore, aux polynésiens, et j'ai confiance en eux pour faire évoluer l'adoption en évitant les dérives et en respectant les traditions polynésiennes (du choix de la famille adoptive par exemple).

J'ai confiance en deux grandes dames pour cela : la ministre de la famille du nouveau gouvernement polynésien : Madame Merceron, et l'ancienne député de Polynésie Française, ancienne assistante sociale qui considère ce sujet comme majeur : Madame Vernaudon.

12 commentaires:

claire a dit…

Bonsoir Taote!

merci pour cet article:

Vous avez tellement raison sur cette notion de "don" à l'enfant, et non pas de don d'enfant, je trouve que pour enrayer ce grand n'importe quoi parfois en Polynésie, on pourrait délivrer une sorte d'agrément pour la Polynésie, au même titre que l'AFA "sélectionne ou tire au sort"(...) des dossiers avant de les adresser au Pays concerné, qui de nouveau parfois choisit les dossiers (au Népal par ex). C'est sans doute un peu radical, mais tout le monde n'est pas en mesure d'adopter en Polynésie, de respecter ces engagements.

Nous sommes partis en Polynésie rencontrer notre perle après bien des années, car certaines personnes nous avaient justement raconté le "porte à porte" dans les servitudes…et nous n'y étions absolument pas prêts!

Ce serait aussi un premier pas pour le respect des familles Polynésiennes, et de leur belle tradition, et de les protéger des "mal faisants"
J’espère que vous ne trouvez pas cette idée trop saugrenue...c'est sans doute bien maladroitement exprimé...

Claire (maman de JT, 23 mois)
Qui a sa petite punaise dans votre bureau…et qui reviendra vous voir car d’ici 3 mois après notre déménagement votre consultation ne sera plus qu’à une heure de trajet !

claire a dit…

rebonsoir, un paragraphe a sauté ds mon message precedent...

nous sommes finalement partis "tardivement" en Polynésie , car seulement après avoir rencontré des familles qui nous ont raconté leur histoire magnifique et respectueuse..
C'est aussi après la lecture de votre livre" Naitre là bas...que je recommande à tout le monde en passant, et au très émouvant récit de Sabine Lainé
bonne soirée
Claire

cath&stef a dit…

Bonjour,

Nous nous étions bien intéressés à l'adoption particulière en Polynésie que nous trouvions belle et que nous avions envisagé pour nous.
Aprés avoir découvert les dérives et les commentaires de certains polynésiens sur le sujet, nous nous sommes tournés vers le Vietnam pour lequel nous sommes toujours en attente. Toutefois, en relisant vos messages, nous serions presque tentés de repartir dans cette direction.
Qu'en pensez-vous ? Quelle démarche à faire et combien de temps cela peut-il prendre ?
Nous avons respectivement 42 et 40 ans... et connaissons deux familles qui habitent à Tahiti.
Nous avons notre agrement depuis janvier 2007.
Merci de votre soutien et de vos conseils par avance.

Catherine et Stephane

Anonyme a dit…

bonjour
je me nom ibrahim j'ais 15ans et je suis du nigeria et je suis orphelin je voudrais être adopter mon adresse ibdebamba@hotmail.fr pour me joindre merci.

Anonyme a dit…

boujour a toute et a tout se site a pour objetif de protejet les enfants de la rue et les orrphélins leurs trouver un foyer et des parent pours leurs adorpter svp aider nous a aconplire cela car il veux un avenirre meyeur

Céline a dit…

Bonjour taote,

Je vis à Tahiti et ai adopté un petit garçon qui va avoir 3 ans. Malheureusement, je ne peux pas aller vous consulter à Dijon. J'aurais voulu avoir vos conseils sur comment expliquer à mon fils le fait qu'il a 2 mères et qu'il les voit toutes les deux (car il voit de temps à autre sa mère biologique). Comment qualifier sa mère biologique auprès de lui ? Comment la nommer ? De même que ses soeurs biologiques ... Un psy ici m'a répondu : il n'a qu'une seule mère, c'est vous et il n'a pas de soeurs ... Je crois beaucoup en l'intime conviction et c'est elle qui me guide quand je ne sais pas ... Mon intime conviction me dit que je ne peux pas lui dire cela ... Une réponse de votre part me serait d'une grande aide.

NB: à propos d'Armelle MERCERON et de Béatrice VERNAUDON, vous savez que ce sont 2 soeurs ??

Merci de votre aide.

Nella a dit…

bonjour je ne sais pas si je suis au bon endroit , je suis tahitienne d'origine je voudrais savoir comment et quel sont les démarche a faire pour une adoption a tahiti

serge a dit…

Bonjour,
je suis journaliste pour le quotidien Les Nouvelles de Tahiti. Je prépare un sujet sur l'adoption en Polynésie pour lundi et j'aimerais faire un interview avec vous sur le sujet par mail.
Merci d'avance pour votre réponse

Anonyme a dit…

Bonjour,

je suis médecin à l'hôpital du Taaone à Tahiti (et Mamao avant) depuis 9 ans. J'ai adopté deux frères paumotu qui me comblent de bonheur! J'ai écrit leur histoire, mon calvaire de l'infertilité qui m'a menée à eux et ma vision du fa'a'amu...
Je serais fière que vous préfaciez mon ouvrage qui va être publié chez l'Harmattan.
Si ce projet vous intéresse, pouvez vous me contacter? je ne sais pas comment vous contacter autrement...

Merci par avance et bravo pour vos écrits.
Nana

Prisca.artur@cht.pf

Anonyme a dit…

Bonjour

Nous avons le projet de venir habiter à Tahiti, en parallèle nous avons lancé une procédure d'adoption. Pourriez nous expliquer comment pourrait-on continuer notre démarche sur place.

Vous remerciant d'avance

Te miti a dit…

Bonjour,
Nous avons adopté un petit tahitien il y a 2 ans et demi après avoir vécu 3 ans à tahiti.. Nous nous posons la question de retourner vivre pendant sa petite scolarité sur le fenua. Est ce plus facile pour un enfant adopté par des popas de vivre en polynésie quelques années, ou est ce mieux pour lui de vivre en france et de retourner quand il le désire? J'aimerais connaitre le sentiment d'enfants adoptés par des popas vivant sur le fenua.. Auriez vous des lectures ou des témoignages d'enfants adoptés à me conseiller?
Merci par avance

Anonyme a dit…

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