vendredi 28 mai 2010

De l'importance d'être un parent adoptif...

Allez pour une fois, je m'ouvre un peu sur ma vie privée, et je vais faire des révélations sur mon histoire et mes histoires d'adoption...

Je suis souvent un peu énervé quand on met souvent en avant, le fait que je sois un papa (entre autre) adoptif, vous n'avez qu'à taper mon prénom sur google pour voir apparaître : "Jean-Vital de Monléon, pédopsychiatre connu dans le suivi des enfants adoptés, lui même adoptant" ça m'énerve d'abord parce que je ne suis pas pédopsychiatre, ensuite parce que je préférerai pédiatre et anthropologue parce que je crois qu'une des grandes raisons du succès de ma consultation c'est mon deuxième métier : anthropologue qui me permet, bien que n'étant pas psy, d'avoir un certain bagage en sciences humaines et de pouvoir aider des familles en grande souffrance psychologique...

Et puis mettre en avant le fait que j'ai adopté m'énerve aussi, car dans les gens qui s'occupent bien d'adoption, il n'y a pas que des parents adoptifs, et le contraire est vrai.... parmi mes collègues et amis pédiatres du CHU de Dijon, nous sommes quatre et demi à avoir adopté (le demi est en cours), une grosse proportion, c'est sans doute contagieux, mais mes collègues qui sont aussi parents adoptifs n'y connaissent pas grand chose (dans l'adoption... ce sont d'excellents pédiatres, très compétents dans leur spécialité), si mon ordinateur m'explose à la gueule, personne à Dijon ne pourra me remplacer.
Donc il ne faut pas être parent adoptif pour être un spécialiste de l'adoption et vice-versa !
Pour mémoire, j'avais "recadré" gentiment Carole Gessler quand lors de son interview, elle insistait pas mal sur mes trois "petits" polynésiens, préférant mettre en avant l'expérience des 2000 enfants que je suis dans le cadre de ma consultation, plus que mes histoires personnelles.

Pourtant, pourtant, pourtant, depuis LE séisme, je reviens un peu sur cette question.
Parce que je suis papa adoptif, je me permets sans aucun complexe de critiquer les déviances de certains parents (aveuglement, malversation, etc). Tout comme par exemple, parce que je suis médecin, je critique plus facilement certains "confrères" pour des pratiques qui me font honte (malversation, surpuissance), et comme je suis catho, il m'est plus facile de critiquer certaines déviances de mes coreligionaires (manque de charité notamment), et tout comme je suis un ancien avant "au jeu viril" de rugby, je suis très critique vis à vis du manque de loyauté de certains joueurs (anglais et argentins notamment).
Mais, aussi, et là ce sont les remarques des familles rencontrées depuis LE séisme qui m'ont ouvert les yeux, parce que je suis papa adoptif, je suis peut être moins critique, plus tolérant, et surtout moins généralisateur ! Je crois que les familles savent que quand elles viennent me voir, même si elles ont fait des choses que je critique violemment, que je condamne, que je juge dangereuse, dans ma consultation, tout sera fait pour essayer de recoller les morceaux, sauver les meubles.
Et surtout, mon combat contre la généralisation est connu, je sais que des crèches en Haiti, si elles ne font véritablement du trafic (quoique...), elles peuvent entretenir les séparations, je sais aussi que quelques familles ont laissé leur éthique à la maison avant de partir adopter (en Haiti ou ailleurs), mais de manière complétement systématique, la famille qui se retrouve en face de moi lors d'une consultation, est avant tout une famille et ce même si je sais qu'elle a adopté dans la pire créche d'Haiti ou d'ailleurs je reste persuadé qu'elle l'a fait de bonne foi (ce qui est le cas dans la grande majorité).
J'ai été chagriné de découvrir dans des commentaires sur ce blog ou par des mails ou des témoignages directs en consultation, de ce que m'ont dit certains parents vis à vis de certaines consultations d'adoption (même si l'accueil reste presque partout chaleureux et bienveillant) où ils ont senti la suspicion.... les témoiganges des deux compères d'Orly ayant été pris à la lettre !

Et bien finalement, c'est peut-être ma sensibilité de papa adoptif qui me permet de savoir combien l'adoption est difficile, difficile la quête d'un enfant, difficile aussi émotionellement. Il est plus facile de juger que de comprendre la maladresse et d'aider à la faire disparaître. C'est aussi mon expérience d'avoir adopté dans un lieu particulier qui me montre combien nous occidentaux nous devons être modestes vis à vis de l'expérience d'autres cultures qui ont su gérer depuis des siècles la circulation des enfants de manière bien plus sereine, et que si la Convention de La Haye part de bons sentiments, elle peut sembler indécente à l'autre bout du Monde.

Si vous êtes encore là après cette longue oraison qui ne va pas me faire que des amis, c'est le moment de deux révélations qui vont vous expliquer pourquoi je suis devenu Zorro le Météque, spécialiste de l'adoption et grand défendeur du phénomène.
La première n'est pas une grande révélation, quand on me demande pourquoi je suis devenu un spécialiste de l'adoption, c'est ce que j'explique : la concordance presque concommitente de trois découvertes.
1- Jeune pédiatre spécialisé en endocrinologie pédiatrique, je découvrais cette puberté précoce si particulière aux petites filles adoptées et si dangereuse et j'étais surpris et inquiet de découvrir qu'elle était aussi méconnue dans le monde médical.
2- A la même époque je devenais, juste après mon internat et pour 3 mois (en remplacement) le chef de service de pédaitrie des Iles sous le Vent, et je découvrai l'adoption à la polynésienne et combien nous avions des oeillères sur ce sujet en Occident.
3- Ceci explique cela, c'est aussi à ce moment là que nous adoptions l'ainé de nos enfants !

La deuxième révélation vous l'avez peut être lue dans les premières pages de Naître là-bas, Grandir ici (l'ouvrage indispensable sur l'adoption), car c'est une histoire que je raconte sans dire que c'est la nôtre. Je parle d'un couple qui vient d'adopter un peit enfant polynésien, qui en est tout ému, tout inquiet, mais qui a aussi un gros complexe de culpabilité face à la maman qui leur a confié ce bébé.... jusqu'à ce que cette maman vienne leur dire "Depuis que je sais que c'est à vous que je confie cet enfant, je recommence à dormir", le don était partagé, les consciences apaisées, l'adoption débutait sous de bons auspices. Sans cette petite phrase, je ne serai jamais devenu un spécialiste de l'adoption !

Comme quoi, être parent adoptif quand on s'occupe d'adoption n'est pas si anodin que cela.

16 commentaires:

En attendant Hortense... a dit…

Merci pour ce beau message!!
Rien n'est jamais anodin...et il y a encore tellement de choses à "faire" dans le cadre de l'adoption...
perso j'y pense aussi...
l'accompagnement des parents n'en étant pas un, je me dis que tiens pourquoi pas...
chaque chose en son temps mais c'est dans un coin de ma petit tête de maman adoptive !!!
J'aimerai tellement que les choses soient plus naturelles...que les familles ne se sentent pas stigmatisées et remises en cause dans leur lien d'amour familial...

Véronique a dit…

Il n'y a pas de hasard dans la vie... et je crois que'on ne "devient" que ce qu'on a toujours été!
En tous cas je ne vois pas qui pourrait trouver à redire a ce billet il est parfait, y compri sdans la touche HK finale ;-)
@micalement.
DocVéro

les Alsaciens a dit…

Ce que je retiendrais pour moi après cette LONGUE lecture:il n'est pas possible de comprendre totalement l'adoption si on ne la vit pas soi-même!
ODile

claire a dit…

L'adoption est une langue que seuls les gens qui la pratiquent peuvent comprendre.
Merci d'exister et de si bien retranscrire ce que nous ressentons.
Claire,maman de Loreen adoptée en Colombie en 2006 et de Will que nous sommes allés chercher en Guadeloupe il y a 2 mois

VIRGINIE a dit…

Merci.
Virginie, très émue

malounette a dit…

Je rejoints Claire et Odile dans leurs commentaires : l'adoption ne peut être entièrement comprise que par des personnes qui la pratique au quotidien en phase avec leurs enfants de coeur.
Merci, Dr, de dire tout haut ce que nous ressentons tout au fond de nous.

Claire (l'autre), maman de Ugo (made in Haïti, qui fait notre bonheur depuis bientôt 5 ans...)

MAPILI a dit…

Merci Dr pour votre blog et les informations précieuses qu'il contient.La maman de naissance de mon fils 7 ans adopté en Haïti il y a 4 ans m'a dit qu'elle était rassurée de voir les liens forts qui nous unissaient mon fils et moi lorsque nous l'avons revue( à notre demande) à l'occasion du voyage vers ma fille adoptive il y a 1 an 1/2. Mon fils hier soir m'a demandé si sa maman d'Haïti était jalouse et triste de le savoir avec moi et j'ai pu lui répondre sans mentir.
Marie-Andrée, maman solo de 2 timouns d'Haïti.

Aurèle a dit…

Merci pour ce message si émouvant.
Aurèle et Nayenson (Haïti)

Anonyme a dit…

Ce blog est vraiment passionnant et un excellent complément à des sites comme le site de l'adoption ou la page de l'adoption simple sur le site des notaires, qui donnent une vision juridique quand vous donnez une vision humaine ! merci !

Chouchous de Haute Savoie a dit…

Bonjour Doc!
çà fait un baille que je vous lis, mais je n'avais jamais osé répondre; et bien ce message m'a vraiment motivée! Future maman adoptive (sur la très longue liste d'attente d'un pupille de l'Etat) je vous remercie de tant combattre la généralisation. Combien d'atrocités ou de stupidités n'ai-je entendue alors que mon tout petit n'est pas encore de ce monde? Où trouver la force de ne pas étriper tous ces "je sais tout?": et bien je vous le dis: votre blog m'aide beaucoup; je ne me sens plus extraterrestre, je ne me sens plus "diminuée", je me sens comme la plus normale des futures mamans. Je n'ai que quelques mots à ajouter: continuez, c'est tellement bon de vous lire!!! et je viendrai peut être vous faire un coucou à Dijon, quand mon tour sera venu d'être une super maman ;-)

malounette a dit…

Enfin des Hauts Savoyards sur le site, cela fait chaud au coeur.
Bon courage à vous pour l'attente et bon courage aussi pour l'A/R à Dijon (une matinée, aller, en train au bas mot, j'ai testé...).
A bientôt

Claire, maman de Ugo (de la Haute Savoie aussi...)

Bernard a dit…

Bravo !
Bernard, vieux routier de l'adoption, mais toujours sensible aux paroles justes.

Annie et Eric a dit…

Et en région parisienne, existe t'il le même type de journée ???? Et nous, et nous.
Tout ceci me semble fort intéressant et enrichissant.
J'ai bcp de questions à soumettre quant à la santé de l'enfant du type hépatite, séro conversion, cardiopathie, pb orthopédiques.
CECI EST UN S.O.S.
Annie une future maman adoptive.

icenogood a dit…

bonjour monsieur , je suis un enfant adopté je me prénomme Nicolas. Maintenant je suis un adulte j'ai 25 ans et je compte essayer d'écrire un livre sur l'adoption, qui soit dit en passant ne sera pas piqué des vers .
Auriez vous des ouvrages à me conseiller sur le sujet, des ouvrages plutôt techniques s'il y en a. Car j'aurai besoin de lire un peu avant sinon je risque de trop montrer les dents.
Quoique un ouvrage ou on montre les dents n'est pas toujours mauvais.
j’attends de vos nouvelles . au plaisir d'une réponse de votre part

Anonyme a dit…

je vous signale la sortie du livre de stéphanie claverie "une famille en noir et blanc" éditions anne carrière jolie témoignage sur l'adoption et ses questionnement

Bernard a dit…

Il semble qu'une personne de Cluses ait laissé ce matin un commentaire sur ce blog. Je ne le trouve pas... J'en suis curieux !