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mardi 23 octobre 2012

Les facteurs de risque

Dans mes grandes manoeuvres actuelles pour prendre position sur l'adoption dans une famille homoparentale, et plus particulièrement dans mes grands efforts pour me rendre impopulaire. J'ai l'impression que j'ai surtout fait fort en parlant de l'adoption par des célibataires comme d'un facteur de risque.

Il semblerait qu'à mon tour je sois passé du côté obscur de la force. Alors que jusqu'à maintenant, je défendais les familles, j'étais le gentil, voilà que je serais devenu vilain !

J'étais considéré comme Solo-friendly pour inventer un thème à la mode, tant et si bien qu'une chaîne de télé avait pour projet lors d'un reportage télévisé sur les adoptions par des célibataires, de m'interviewer "parce que vous vous êtes celui qui est pour" et interviewer mon grand copain JJ Choulot " car lui, il est contre".... ma réponse franche avait dû la décevoir car je n'en ai jamais eu de nouvelles ! Tellement simple de dichotomiser.

Pourquoi ne serai-je plus gentil avec les adoptions célibataires :

Aurai-je un livre à paraître ? Que nenni dans l'immédiat (au grand dam de mon éditeur).
Ma consultation serait-elle en train de péricliter, et ce serait une vengeance vis à vis des vilains adopteurs qui me snoberaient ? Non point, elle périclite pas franchement, beaucoup moins que l'adoption internationale (sic), et je suis presque étonné de mes chiffres qui restent bons face à cette peau de chagrin... et de toutes façons quand plus personne aura besoin de moi, je ferai autre chose.

La solution c'est que .... je n'ai pas changé....
Vous pouvez trouver dans mon livre, dans pas mal de mes articles, dans presque toutes mes conférences, à de nombreuses reprises dans ce blog.... que je décris un certain nombre de situations familiales, de comportement parentaux comme à risque.
Les moments, où je l'ai le plus exprimé, c'est comme toujours en réaction, quand d'autres (qui avaient sans doute des livres à vendre) mettaient tous les torts sur le dos des enfants ! Le "vous êtes parfaits, c'est la faute à vos gniards qui ont des troubles de l'attachement" m'a toujours profondément irrité !



Face aux facteurs de risque : je vois trois comportements (cochez la bonne réponse de votre choix) :


1° solution : C'est à risque on interdit !



2° solution :




3° solution : on l'identifie, on en parle, on s'en occupe et on fait tout pour le diminuer.... c'est déjà ce que j'avais dit dans ce vieux billet : relire en particulier ce paragraphe :
"Toujours dans les facteurs de risque, je sais et l'expérience nous le montre que l'adoption en solo et l'adoption individuelle sont des facteurs de risque, mais je connais des "wagons" d'adoption en solo par démarche individuelle qui sont de pleines réussites. Aussi il est trop facile à mon avis d'interdire purement et simplement cela plutôt que de proposer des accompagnements pour que les choses se préparent et se passent mieux, accompagnement d'ailleurs tout aussi utile pour les familles non à risque qui ne sont pas épargnées par les problèmes ! "

PS 1 : Même si je suis très inquiet par l'adoption homoparentale, car là le facteur de risque me semble énorme.... je sais (et j'en ai rencontrées) des familles homo heureuses et qui semblaient tenir la route. Le gouvernement fera bien ce qu'il veut, mais nier le risque serait la pire chose à faire.

PS 2 : Une des adoptions les plus réussies que je connaisse accumule un maximum de facteur de risque (parents âgés, adoption humanitaire, enfant âgée, ayant beaucoup souffert, etc), l'accumulation des risques, l'excellente préparation de cette famille et de cette enfant font c'est sans doute pourquoi cette adoption est si réussie !

PS 3 : un truc qui m'énerve encore à propos des adoptions solo, dans les médias (comme celui qui m'a interviewé récemment par exemple), on a l'impression qu'il ne s'agit que d'adoptions homosexuelles dissimulées... m'énerve... une femme seule c'est pas possible, ça nous cache quéqu'chose M'dame Michu, n'est ce pas ?


Petit rajout secondaire car c'est vrai que de parler de ma grosse inquiétude du gros facteur qu'est à mon avis l'adoption homo, j'ai expliqué à nouveau ce qu'était des facteurs de risque et l'exemple des célibataires commence à être un peu stigmatisant.... Dieu (et les mamans célibataires dont je suis les enfants) savent pourtant quel est mon accueil vis à vis d'elles !
Allez pour me faire de nouveaux ennemis (mais non, je plaisante), parlons d'un autre facteur de risque très souvent mis en avant : l'âge avancé de certains adoptants.
Si on me demande l'adoption par des gens âgés est elle un facteur de risque, je réponds sans hésiter OUI, on pourra dire que je généralise, ou que je dis la vérité, les deux sont exacts.
Mais dans ma consultation quand je suis face à un couple âgé, je leur pose pas mal de questions pour moins généraliser et mieux cerner le problème :
1 - De quand date votre vie de couple ?
2 - De quand date votre désir d'enfant (dans le couple) ?
3 - Si celui-ci est long, j'essaie de savoir pourquoi, parfois il y a de "bonnes raisons" (familiales, professionnelles, etc...)
Si  les réponses aux deux premières questions donnent des longues durées, et s'il n'y pas de "bonne raison" à la question 3, le facteur de risque est très élevé, mais même dans ce cas, je garde l'espoir... et surtout l'envie d'aider cette famille....

lundi 21 juin 2010

Le cas général et le cas particulier....

Quand on est un spécialiste de quelque chose, plus encore lorsque l'on est médecin, et que la santé de nos petits (ou grands) patients est en jeu, nous devons tenter de donner le meilleur de nous même. Un des meilleurs moyens reconnus de donner le meilleur est de nous fier à l'expérience. Notre propre expérience, si elle est grande dans un domaine, celles des autres, si la notre est insuffisante... ce qui arrive souvent. C'est pourquoi la médecine du XXI° siècle est basée sur les études. C'est à dire que par exemple un nouveau médicament ne pourrait, ne devrait être utilisé que si on est sûr de son efficacité (en le comparant à un placebo) et que ses avantages sont largement supérieurs à ses inconvénients. C'est pourquoi, on ne doit dire que tel ou tel comportement est un véritable facteur de risque, que parce que des études montrent de "manière statistiquement significative" qu'il est plus à risque qu'un autre comportement.

Cependant, il faut toujours garder à l'esprit avec beaucoup de modestie que face à nous, nous n'avons pas une généralité, un "cas clinique lambda" mais un être humain, dans toutes ses particularités.
Je vais vous en raconter un exemple concret, souvenir douloureux, car il est à l'origine d'une brouille certaine avec une association de parents adoptifs qui était rentré dans ce jeu de manière beaucoup trop excessive. C'était il y a quelques années, et suite à des publications norzaméricaines, qui si elles souvent très rigoureuses et sérieuses, sont parfois trop tranchées, il est apparu qu'un petit périmètre crânien était un facteur de risque pour le développement neurologique de l'enfant adopté. C'est vrai, totalement vrai, cela peut être le témoin de graves carences, de certaines malformations, souvent causes de soucis ultérieurs. Mais, ou je ne suis pas du tout d'accord, c'est quand on conseillait aux futurs parents, qui ne sont pas des professionnels, qui sont particulièrement fragiles lors de cette rencontre avec leur enfant de partir avec des mètres rubans et une courbe de Périmètre Crânien à l'autre bout du monde. En plus du caractère choquant que cela pouvait avoir pour les personnel dans les orphelinats : ça fait un peu foire aux bestiaux que de prendre des mesures un peu le style "je lui regarde les dents, et je lui palpe la croupe !", c'était faire croire aux parents qu'un critère qui semblait objectif était la panacée !
Certains parents ne s'apercevaient pas que l'enfant en face d'eux était parfait avec une petite tête ou lourdement handicapé avec une grosse tête. Ce n'est pas de leur compétence, c'est dangereux de leur faire croire qu'un marqueur aussi anodin pouvait tout faire à lui seul.

Je pense à une petite fille malgache qui lors de son arrivée en France avait un retard de périmètre crânien monstrueux, 12 ans après elle a toujours un retard de "tour de tête ridicule", mais elle suit une scolarité tout à fait normale et elle a même un très bon niveau scolaire ! Et ce qui ne gâche rien, elle s'entend merveilleusement avec ses parents qui ne lui ont jamais mesurer le tour de tête.

Je pense surtout à toutes les familles que j'ai vu en pleurs dans ma consultation, car je leur annonçait (avec beaucoup de précautions) un diagnostic difficile comme un SAF, et que leur réponse était : "mais pourtant son périmètre crânien est excellent"... comme si un seul critère suffisait à prédire l'avenir d'un enfant.

A propos de ces facteurs de risque, on peut parler aussi des enfants du séisme, tout le monde est persuadé que ces enfants ont des risques particuliers, mais dire que tous vont mal, et le dire dans des médias grand public, de manière systématique, comme certains l'ont proclamés pour leur petites revendications, cela m'a mis dans une rage folle.

Toujours dans les facteurs de risque, je sais et l'expérience nous le montre que l'adoption en solo et l'adoption individuelle sont des facteurs de risque, mais je connais des "wagons" d'adoption en solo par démarche individuelle qui sont de pleines réussites. Aussi il est trop facile à mon avis d'interdire purement et simplement cela plutôt que de proposer des accompagnements pour que les choses se préparent et se passent mieux, accompagnement d'ailleurs tout aussi utile pour les familles non à risque qui ne sont pas épargnées par les problèmes !

Enfin parlons un peu du sommeil, et plus particulièrement du cosleeping : faire dormir son enfant dans le même lit que soi. J'avoue avoir été quelque peu surpris des réactions après le billet sur le sujet du sommeil que l'on me demandait depuis longtemps. Je précise bien que ce billet était quelques généralités, quelques conseils de base et de logique, et que pour les cas particuliers rien ne remplace une bonne consultation. j'ai donc été surpris de voir tant de promotion et de militantisme pour le cosleeping.
A titre général mon avis reste le même. Une chose sur laquelle je suis formel, c'est que c'est quelque chose de dangereux pour les nourrissons, une des causes principales de la Mort Inopinée du Nourrisson, et pour avoir reçu des familles victimes de cela, je serai intransigeant à qui prétendra le contraire. Sinon, je sais et je l'ai dit dès mon billet que si cela se pratiquait dans beaucoup d'autres sociétés, cela ne se pratique plus en France depuis un moment. C'est le cas général de dire de ne pas faire quelque chose qui n'est pas dans notre culture, afin de ne pas trop différencier nos enfants, mais dans le cas particulier, il peut y avoir sans doute de bonnes raisons. Je ne me prononcerai pas sur des cas particuliers en public, et je ne tiens pas à que chacun exprime sa propre petite histoire au su et au vu de tous, sur ce blog, question de pudeur, de vie privée. Si des familles, lors d'une consultation me demandent mon avis sur le cosleeping qu'ils pratiquent avec leur enfant, de manière régulière (pas dans les quelques jours qui suivent l'arrivée de l'enfant "du séisme" ou la fois où on l'a pris dans le lit car il était malade), je leur poserai quelques questions.
Je ne les interrogerai pas trop à la recherche de "vices". Je suis persuadé que la plupart (la totalité) des familles qui pratiquent le cosleeping n'ont pas d'idées pédophiles en faisant cette pratique, ne me faites pas dire, ce que je ne pense pas.
Pour un couple, les questions que je poserai sera pour être sûr que leur vie de couple continue bien, tout ne se passe pas qu'au lit dans un couple, mais si les enfants sont souvent le plus beau fruit d'un couple, le couple, en tant que tel doit continuer à exister.
Pour tout le monde (et c'est là la grande question) : "Le cosleeping, le faites vous pour vous ou pour votre enfant ?" et son annexe : "A quel moment, lors de quel évènement songez vous arrêter ?".
Cela ouvre des voies à la discussion, il y a sans doute des réponses tout à fait satisfaisantes... posez les vous à la maison, parlez à qui vous voulez, en qui vous avez confiance... mais cela ne regarde que vous, ne cherchez pas à vous justifiez sur ce blog.

mardi 31 mai 2011

Quelques mots sur la puberté ....

Cet article est paru dans les Archives de Pédiatrie (revue référencée dans la littérature scientifique mondiale), toute citation de cet article doit donc reprendre son titre, ses auteurs et la référence au journal, merci.



Particularités endocrinologiques des enfants adoptés

JV de Monléon, L Goutchkoff, F Huet, Pédiatrie 1, Hôpital d’Enfants, CHU de Dijon,10 Bd Maréchal de Lattre de Tassigny, 21000 Dijon, France.
jvm@chu-dijon.fr

Introduction
Quasi inexistante jusqu’au années 1970, l'adoption et tout particulièrement l'adoption internationale s'est considérablement développée depuis le début des années 80. On estime à près de 100 000 le nombre d'enfants originaires de l'étranger et adoptés en France. À cet aspect quantitatif se rajoute un critère qualitatif, les enfants adoptés étant plus exposés à certaines pathologies. Chaque pédiatre est amené à voir régulièrement en consultation des enfants adoptés.
Cet article réalisé à partir de l'expérience de la Consultation d'Adoption Outre-mer du CHU de Dijon, expose les anomalies endocrinologiques, rencontrées chez les enfants adoptés, et la nécessité de surveiller leur croissance et leur puberté.

Problèmes non spécifiques
L’enfant adopté est avant tout un enfant, comme tout enfant, il peut présenter diverses pathologies endocriniennes, sans que celles-ci aient une relation, avec ses origines ou son histoire familiale. La plupart des pays d'origine, sont des pays moins favorisés que le nôtre et ne bénéficient pas d’une politique de santé publique développée. Ainsi tous les dépistages périnataux, réalisés de manière systématique et automatique en France, ne sont pas faits dans la plupart des pays du monde. Si le risque d'hyperplasie congénitale des surrénales concerne surtout les premières semaines de vie, période où très peu d'adoptions sont réalisées, le dépistage de l'hypothyroïdie, quant à lui, ne doit pas être oublié. Un certain nombre d'enfants sont adoptés avant l'âge d'un an, un moment ou le diagnostic clinique de cette maladie n’est pas toujours évident. Ce dépistage est systématique en France, depuis 1979, les enfants qui arrivent dans notre pays après leur naissance ne doivent pas être oubliés. Il faut effectuer un bilan thyroïdien ou a minima un dosage de la TSH, chez les plus jeunes d’entre eux, et pour les enfants plus âgés en cas de signes cliniques évocateurs.

Problèmes plus fréquemment rencontrés chez les enfants adoptés que dans la population générale
Hyper TSH
Le dépistage systématique réalisé chez les enfants adoptés avant l'âge d'un an, s'il ne permet de dépister qu'un petit nombre d'hypothyroïdies congénitales, révèle parfois un taux de TSH modérement élevé, sans anomalie du dosage des hormones thyroïdiennes. Ceci survient chez des enfants dénutris, et s'explique probablement par une carence iodée. Il est réversible en quelques semaines.
Obésités
Presque tous les enfants adoptés à l'étranger présentent à leur arrivée en France une dénutrition importante, quantitative ou qualitative. Du fait de ces carences, les enfants adoptés ont de gros besoins alimentaires. Cette hyperphagie nécessaire se corrige la plupart du temps en quelques mois. Il est utile de la respecter, les enfants ayant souffert de la faim, ont besoin de ce rattrapage. Le plus souvent, ils réguleront d’eux mêmes leurs besoins, mais le risque d’obésité existe. Ce sont plus que les erreurs qualitatives que les excès quantitatifs, qui sont responsables de ce risque. Il est donc important pendant cette phase de renutrition, de diversifier l'alimentation en privilégiant une alimentation saine et en évitant au maximum les aliments « néfastes » (excès de sucres rapides ou de lipides).

Croissance et puberté
Beaucoup d'enfants adoptés à l'étranger présentent, à leur arrivée, une taille relativement petite par rapport à nos courbes de référence françaises. Les causes en sont multiples, la principale est la dénutrition. Mais elle peut être associée à une privation affective, voire dans certains pays un alcoolisme foetal, et parfois à des facteurs ethniques.
Du fait de tous les changements vécus par ces enfants avant et au moment de leur adoption, il est, une fois encore, indispensable de leur laisser du temps, et de ne pas se lancer dans de trop lourdes explorations, qui pourraient être traumatisantes, peu de temps après leur arrivée. Cependant une surveillance scrupuleuse de la croissance s'impose. Celle-ci doit s'effectuer grâce à des mesures fréquentes et à l'utilisation de nos courbes de référence françaises. Les courbes staturo-pondérales des pays d'origine sont rarement disponibles et pas toujours fiables. Le critère primordial de surveillance est d'ailleurs plus le côté dynamique de la courbe que l'aspect statique d'une taille un moment donné.
En dehors de quelques pathologies, plus spécifiques à certains enfants adoptés (séquelles d’alcoolisme foetal, parasitose digestive importante), ou non (déficit en de croissance, syndrome de Turner), la majorité des enfants vont grandir rapidement après leur arrivée. C'est d'ailleurs cette accélération qui doit imposer une vigilance. Elle a plusieurs étiologies :
- Le plus fréquemment, cette croissance rapide sera la conséquence du rattrapage nutritionnel, celui-ci s'effectuant en plusieurs mois ou plusieurs années.
- La cause qu’il convient d'éliminer rapidement est la puberté précoce, du fait de ses conséquences néfastes. Ce diagnostic quand il touche les enfants adoptés est souvent très sujet à polémiques. D'aucuns ont nié sa réalité, tandis que d'autres s'interrogent sur son étiologie. La fréquence de ces pathologies pour certaines catégories d'enfants est telle (environ un quart des petites filles adoptées après l'âge de quatre ans) qu'il serait dangereux de la méconnaître. D'autant plus que sa rapidité d'évolution et l'accélération de maturation osseuse qu'elle entraîne peuvent avoir de graves conséquences sur la taille finale. Diverses étiologies ont été proposées : toxiques, alimentaires, ethniques, sans avoir à ce jour de consensus. Il semble cependant qu'il s'agisse essentiellement d'une conséquence de la dénutrition et d'un emballement du rattrapage staturo-pondéral.
- Le nanisme psychosocial, pathologie bien connue des pédiatres n’est cependant pas toujours facile à objectiver. Le diagnostic est parfois fait secondairement quand l'enfant ayant appris le français décrit les sévices subis avant son adoption.
- La puberté avancée : un certain nombre de petites filles, quel que soit l'age de leur adoption, peuvent aussi présenter des pubertés qui sans être véritablement pathologique, sans avoir des conséquences de taille finale, débuteront tout de même trop tôt, et pourront avoir des conséquences psychologiques. Il n'est pas toujours facile d'être différente de ses petits camarades, par son histoire, par ses différences ethniques, l'apparition trop rapide de caractères sexuels secondaires pourra être un facteur de stress surajouté. L'étiologie est probablement ethnique, dans la plupart des pays du tiers-monde, les petites filles ont tendance à débuter leur puberté plus tardivement qu'en Europe, ceci sans doute du fait de dénutritions endémiques. Mais, il a été démontré (particulièrement en Inde) qu'avec une alimentation suffisante la puberté survenait plus tôt que chez les petites européennes.
- Enfin, il peut aussi s'agir d'erreurs d'âge. Celles-ci sont possibles de manière involontaire dans des pays où l'État-civil et quasi inexistant ou volontaire, en rajeunissant artificiellement un enfant, afin de faciliter son adoption. Ce diagnostic appelle une grande expérience, et doit rester un diagnostic d'élimination.
Qu'il s'agisse d'un simple rattrapage nutritionnel, de nanisme psychosocial, de pubertés avancées, ou d’erreurs d'âge, dans tous ces cas la croissance et la maturation osseuse seront rapides mais d'évolution parallèle. Seule la puberté précoce des petites filles adoptées montrera une progression de l'âge osseux plus rapide que la croissance. Cette particularité fait son danger, mais permet aussi son diagnostic. Il est donc essentiel, en particulier pour les sujets à risque : petites filles adoptées après l'âge de quatre ans, de faire réaliser au plus tôt après son arrivée en France une radiographie d’âge osseux, qui pourra servir de référence, mais aussi de surveiller scrupuleusement l'évolution de la croissance et l’éventuelle apparition caractères sexuels secondaires.

Conclusion
L’adoption est une période de grands bouleversements, dans une jeune existence, déjà très instable. Si certains examens, comme la recherche d’intoxication, de pathologies infectieuses, mais aussi la prévention d’une puberté précoce, doivent être faits dès l’arrivée en France, il est indispensable de laisser du temps à l’enfant pour s’adapter, et ne pas le traumatiser par des investigations lourdes et trop précipitées.
Une fois encore, les enfants adoptés nous montrent leur grande diversité, alors qu'il serait tentant de généraliser tous leurs problèmes. Plus encore que nos autres petits patients, ils ont besoin de soins attentifs, de surveillance bienveillante et d'expériences approfondies.


La bibliographie de cet article est disponible en contactant les auteurs

mardi 21 décembre 2010

Welcome Home !

Chers lecteurs, je suis actuellement dans une période de sur-boulot, avec peu de temps à consacrer à mon petit blog, mais je ne pouvais rester silencieux sur l'arrivée annoncée, et pas mal médiatisée des 300 petits haïtiens.

A cause des grèves puis des intempéries, j'ai raté quelques réunions parigotes où a été évoqué ce sujet, et j'avoue être assez ignorant sur la "catégorie" des enfants qui vont bientôt arriver en France, et où ils se situent dans le cheminement administratif de leur adoption. Mais même si je sais que certaines crèches haïtiennes ne sont pas "exemplaires" en terme d'éthique, j'ai confiance dans les services du SAI, et je ne les imagine pas faire arriver en France, des enfants dont les dossiers seraient trop obscurs. Et d'après ce que nous dit la presse, il ne s'agit que d'enfants déjà apparentés AVANT le séisme.

Je ne me voile pas la face et je sais que ces enfants auront besoin de soins médicaux, de câlins, d'yeux expérimentés pour les aider à supporter tous les chamboulements qu'ils ont subis. Malgré un programme de janvier très chargé, ils seront ma priorité et j'ai ouvert plusieurs consultations supplémentaires. Et connaissant mes amis, autres responsables de consultations d'adoption, je suis certain qu'ils ont fait de même, même si nous sommes en mode râleur, avec toutes les promesses que l'on nous a fait, et que l'on ne nous tient toujours pas, nous n'arrivons pas à nous venger sur les familles et surtout les enfants. Il n'y aura pas de boycott

Je prends assez mal, une fois encore de nombreux commentaires déplacés et théoriques sur l'état de ces enfants.
J'en ai marre que certains parlent encore et toujours de cela comme d'une action humanitaire ... A l'inverse, je pourrai comprendre, que certains reprochent à la France de s'être occupée de ces mille enfants et de laisser Haïti dans une misère noire... mais c'est ce que font tous les pays riches quand il y a une catastrophe ou des risques dans un pays .... cf actuellement en Côte d'Ivoire.... où tous les pays occidentaux demandent l'évacuation de leurs ressortissants. Ne faisons pas payer notre mauvaise conscience de nantis à quelques familles. Pour moi, ces petits Timouns, seront dès leur arrivée des petits français, et il est maladroit de dire que la précipitation de ce rapatriement, ne permettra peut être pas l'obtention de leur reconnaissance par les autorités... certains juges n'ont pas besoin de ces conseils.... les familles auront du temps à passer pour se connaître avec leurs enfants, si on peut leur empêcher des tracasseries administratives.

Je suis aussi d'accord qu'il aurait mieux valu que ces enfants soient rapatriés et adoptés, après une bonne préparation à l'adoption.... mais existait elle auparavant en Haïti ? Oui dans certaines et trop rares crèches.... faut il alors l'imposer dans un pays à terre, avec du personnel d'orphelinat que la mission du mois de mars nous a décrit à bout de souffle ?
Je rappelle que même s'il peuvent remplir nos écrans en cette période de Noël, le monde des Bisounours n'existe pas !
Pendant ce temps, le choléra, la malnutrition, les autres épidémies gagnent du terrain... entre deux maux mon choix est fait depuis longtemps..... Vous pouvez consulter là et là, mes "vieux" articles, dont je ne changerai pas une ligne.


Je suis prêt à discourir avec certains sur le devenir des "enfants du séisme". Par exemple, avec ceux qui viennent de sortir un livre, et qui ont un très bon éditeur, qui fait que l'on peut les entendre partout sur les ondes et dans la presse.... mais non je ne vise personne.... mais quand même, quand Pierre Lévy-Soussan, nous annonce dans Le Point, qu'il suit des enfants du séisme dans son cabinet et qu'ils vont tous mal, je ris, je m'esclaffe, je me gausse, tout d'abord parce que ne vont voir une pédosy que les enfants qui vont mal, et d'autre part, j'aimerai bien savoir combien il en a vu ? Et ma grande question est de savoir quelle est la motivation des parents ayant adopté un enfant en Haïti après le séisme, d'aller voir celui qui est considéré comme une des étincelles ayant fait arrêté le dit rapatriement... soit ce sont des parents qui ne sont au courant de pas grand chose dans le domaine de l'adoption, donc très isolés (... donc bon facteur de risque !)... soit ce sont des parents qui sont d'accord, avec PLS et que l'on n'aurait pas dû rapatrier ces enfants (les leurs donc)... et en ce cas le facteur de risque, pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour voir son énormité !

En 2010, parmi les enfants que j'ai vu pour une première fois, j'ai vu à ce jour 87 enfants haïtiens, les 9/10° d'entre eux sont des enfants qui ont vécus le séisme, parmi ceux-ci, il y en a beaucoup que j'ai revu de manière systématique quelques mois après.... et bien la différence sur leur état psychologique, leur attachement, leur adaptation dans leur nouvelle famille, leur nouveau milieu est quasiment la même que d'habitude ! Pas bien différent, que les 400 petits haïtiens, que je suis déjà... c'est à dire, qu'il y en a toujours qui ont soufferts de leurs séparations (le pluriel est volontaire), qui ont pu être maltraités ( dans tous les sens du terme en Haïti), qui ont des parents adoptifs catastrophiques ( et oui cela existe, mais plutôt que de condamner, quand les enfants sont là, je préfère accompagner). Ils étaient juste quand même un peu plus sidérés à l'arrivée, un peu plus de cauchemars, de difficultés à se décoller des bras des parents... et cela était plus dû à l'accélération des procédures (un mal que je suis prêt à assumer car moins grave que ceux qui rodent en Haïti)... que le tremblement de terre lui-même. C'est mon humble avis, un avis de vieux con, si vous voulez, mais les vieux cons ont parfois de l'expérience, le syndrome post traumatique, que d'aucuns ont voulus nous vendre à tort et à travers, après le tremblement de terre, même si nous ne l'appelions pas ainsi, il s'agit d'état de stress, de dépression, que nous voyons souvent après des adoptions, après des histoires difficiles... et les enfants, on s'en occupait déjà où on tâchait de le faire... Oui certains enfants ont pu avoir des craintes en rapport direct avec le tremblement de terre, mais ne faisons pas de ce "joli" syndrome l'arbre qui cache la forêt.

Par contre, ce que j'ai vu bien augmenté entre les enfants arrivés avant ou après le séisme, ce sont la gale, la teigne, les diarrhées traînantes et la tuberculose.... et cela pourquoi personne n'en parle ? Pourquoi n'interroge-t-on pas ceux qui suivent les enfants, ceux qui ont les mains dans la cambouis (enfin pour Haïti, c'est plutôt les mains dans l'Himenelopis nana en ce moment), et préfére-t-on interroger des grands théoriciens qui n'aperçoivent les Timouns que de loin ?


En conclusion, je reprends le titre de mon billet : "Bienvenue à la Maison les Enfants". Je n'ai rien fait pour voir si vos parents sont aptes à nous à vous accueillir, je n'ai aucun pouvoir pour savoir si l'orphelinat où vous avez été est éthique ou non. A mon niveau, et alors que vous êtes dans l'avion, je ne me vois comme rôle que celui d'aider à vous accueillir, et à vous faire en sorte que vous vous sentiez chez vous ici.

mardi 9 octobre 2012

Lettre ouverte à Madame la Garde des Sceaux et à Madame la Ministre déléguée à la Famille,


Mesdames,

Présidente de l’association Racines coréennes, et Pédiatre, responsable de la principale consultation d’accueil des enfants adoptés de France, nous nous permettons de vous interpeller respectueusement pour manifester notre souhait que, dans le débat actuel sur l’adoption par les couples de même sexe, l’enfant soit replacé au centre des débats. En théorie, et dans les paroles de chacun, il est proclamé que l’adoption a pour but de trouver une famille à un enfant et non le contraire. Nous nous demandons quelle est la place donnée à l’enfant adopté dans les débats actuels. Entre un désir d’égalité entre les couples, quelle que soit leur composition, et les réactions émises par des mouvements philosophiques, politiques, ou religieux, que fait-on de l’adopté ? Qui s’interroge sur la « famille » ou la parentalité se doit de cheminer pour mieux connaître ou comprendre la personne adoptée.

Représentant les adoptés adultes, ou suivant chaque jour en consultation des enfants et adolescents adoptés, nous savons qu’il n’est pas toujours facile en France, dans une école ou dans la rue, d’être le seul à avoir « cette » couleur de peau, d’être le seul à avoir « cette » histoire précédant l’arrivée en France, faite de séparations et de chamboulements. La loi peut-elle rajouter une nouvelle différence sans concertation aucune des experts de l’adoption, sans évoquer l’avenir des adoptés en recueillant leurs ressentis ?

A ce jour, trop peu d’études fiables renseignent sur le devenir des enfants adoptés en France et sur le devenir des enfants élevés dans des familles homosexuelles. Nous savons déjà que les adoptions internationales réalisées par des célibataires, des couples âgés, des couples plus fragiles ou plus exaltés sont autant de facteurs de risque. Nous pensons que l’adoption par des couples de même sexe est un facteur de risque. Nous aimerions pouvoir en parler, sans polémique, en toute objectivité, et nourrir l’échange d’un diagnostic à jour sur l’adoption nationale et internationale.

Le fort désir d’enfant, s’il est essentiel pour dépasser les obstacles de l’adoption et donner amour et protection à son enfant, ne suffit pas toujours.


Nous avons aussi été surpris de voir combien l’adoption et ses problèmes sont actuellement occultés. Pour être très polémique, pour interroger sur les fondements de la famille, ce débat n’a finalement qu’une faible importance dans le quotidien des familles adoptives, des personnes adoptées, et de la plupart des postulants à l’adoption internationale. La diminution de l’adoption internationale a pour conséquence de voir arriver des enfants plus âgés, ayant vécu plus de situations difficiles, en moins bonne santé, en fratrie, ce qui, plus que jamais, nécessite une meilleure préparation des professionnels, des futures familles adoptives, et un accueil adapté à leur arrivée.

Le principe d’accompagnement post-adoption ne parvient pas à s’imposer. Les consultations d’adoption qui sont, pour les pays d’origine, le gage d’une qualité de l’adoption en France, ne bénéficient toujours d’aucune aide, d’aucune reconnaissance officielle alors que, malgré la chute du nombre d’adoptions, de plus en plus de familles et d’adoptés veulent faire appel à leurs compétences avant ou après l’adoption.


Enfin, nous sommes tous deux membres du Conseil Supérieur de l’Adoption (CSA). Cette instance, constituée d’experts, des différents intervenants et acteurs de l’adoption, et représentant le peuple par le biais de ses élus, semble en sommeil. Malgré les nombreux soucis et débats évoqués par l’adoption, cela fait trop longtemps qu’il n’a pas été réuni. Alors que le rapport Colombani déclarait la nécessité de lui donner une meilleure écoute, il a été constamment oublié ces dernières années.

En 2007, la condamnation de l’Arche de Zoé, unanime et sans ambiguïté par le CSA n’a pas été diffusée.

Fin 2009, lors d’une réunion consacrée aux différences entre les modes d’adoption plénière et simple, le CSA concluait que l’adoption plénière était la forme la mieux adaptée à l’adoption internationale, en terme d’obtention de la nationalité et de sécurité pour l’enfant qui arrive. Depuis, les tribunaux n’ont jamais autant délivré d’adoptions simples.

En outre, d’autres débats, comme l’adoption individuelle, son évolution, son encadrement, restent toujours en chantier.

En janvier 2010 a eu lieu le tremblement de terre en Haïti, qui fut un séisme pour ce pays mais aussi pour le monde de l’adoption. Des mesures allant à l’encontre de l’intérêt supérieur de l’adopté ont été prises alors que le CSA n’était pas convoqué.

Au Conseil Supérieur de l’Adoption, il y a des adoptés, des familles adoptives, des psychologues et travailleurs sociaux des Départements, ainsi que des soignants. Tous connaissent l’adoption, et plus encore, les enfants qui ont été adoptés et qui sont aujourd’hui vos concitoyens.

Il serait dommage de l’oublier encore dans les débats actuels.

Il serait dommage également de mettre le CSA au travail trop tardivement ou pour le principe.

Recevez Mesdames, l’expression de nos salutations les plus respectueuses.




Hélène Charbonnier, Présidente de Racines coréennes, Membre du Conseil Supérieur

de l’Adoption

Jean-Vital de Monléon, Pédiatre, Anthropologue, Membre du Conseil Supérieur de

l’Adoption

lundi 30 mai 2011

Actualités sur la Mort Inattendue du Nourrisson :




Lors du grand rassemblement des pédiatres français à Marseille, nous avons eu une réunion sur cette pathologie, qui pour avoir très très fortement diminuée, depuis les campagnes de couchage des bébés n’en reste pas moins trop importante, et trop négligée, car pour beaucoup la guerre est gagnée et ce n’est plus la peine de se battre…..
Et bien, le combat n’est pas finie, il y a encore beaucoup d’enfants à sauver, entre 100 et 200 par an en France, en éliminant le principal facteur de risque actuel, retrouvé dans des études françaises et anglaises : le partage du lit de ses parents par l’enfant, que cela soit dans le même lit, ou en collant un petit lit au lit des parents le risque semble le même d’après les études et malgré le fait que l’UNICEF conseille ces méthodes pour un allaitement plus prolongé, je ne peux que le déconseiller vivement….
Je sais la polémique qu’il y avait eu quand j’avais déjà évoqué ce sujet, je n’hésite pas à remettre le couvert ….. si un décès peut être évité par une maman qui aurait lu ce billet j’en serai heureux.

Un autre facteur de risque évident, tout ce qui est mis autour du cou des enfants : serviette (bavette), chainettes avec symbole religieux, prénom, signe du zodiaque, qu’il faut mieux suspendre hors de portée de l’enfant, et ces très moches colliers en faux ambre aux vertus ésotériques….. Qu’ils soient solides ou non ils sont dangereux. S’ils ne sont pas solides et qu’ils peuvent se casser le risque est d’avaler une perle, s’ils sont très solides, le risque d’étranglement est certain….. et puis croyez vous que cela serve à avoir moins mal aux dents…. Soyons sérieux deux minutes !

mercredi 24 novembre 2010

Je suis pour l'adoption individuelle !

Ce n'est pas un poisson d'avril, ni une schizophrénie de ma part, mais bien une volonté de vous montrer et de montrer à d'éventuelles autorités que la vérité n'est pas si simple.

J'ai balancé un pavé dans la mare avec mon titre provocateur il y a quelques jours. Et mon but est largement atteint puisque le débat est bien lancé.

Tous vos commentaires directs, amusés, en colère m'ont bien intéressés.

Certains ont compris surtout en allant au bout de mon message, que je voulais surtout montrer qu'interdire est toujours plus facile que d'aider, personnellement j'ai choisi de ne pas choisir la facilité puisque ma mission autoproclamée depuis quelques années et avant tout d'aider à l'accueil des enfants. Et je ne crois pas qu'interdire l'adoption individuelle aidera à cela. Beaucoup commencent à me connaître et savent savent que quand je veux pousser un cri de rage car le rapatriement des petits haïtiens est stoppé, j'appelle mon billet : Merci.

D'autres n'ont vus que le titre et ont dû être profondément déçus. Prenant un peu tout au premier degré en oubliant mes dernières phrases, pourtant explicites.

L'avis le plus juste est peut-être, celui de Moushette où elle me dit qu'elle est contre la pauvreté dans le monde. C'est bien dans cet état d'esprit qu'il fallait lire mon premier billet. Ce qui m'amuse et sachez-le Madame Moushette, en l'écrivant j'ai moi aussi (les grands esprits se rencontrent et ont les mêmes références) pensé à la parodie des inconnus que vous mettez en lien : je suis contre mais finalement pas tant que celà !

Et mon vieux Bernardo.... au lieu de me seller Tornardo, comme d'habitude, il m'a mis du poil à gratter sous la selle ! Mais si tu as raison sur bien des points, relis mon texte et tu verras que je décris l'adoption individuelle comme un facteur de risque, rien de plus. Tes réflexions (comme toujours) me sont fort utiles et me donnent à penser que certains vieux briscards comme toi (mais pas aussi bien iontentionnés) ont pu rester à l'aspect, non pas binaire, mais faussement primaire de mon billet... et se contenteront du titre provoc, c'est pourquoi j'ai choisi ce titre pour ce deuxième billet, prévu de longue date !

Ceux qui n'auraient toujours pas compris, tant pis pour eux, ils n'auront pas le troisième titre, qui correspond à ma complète pensée : "Je suis pour un meilleur accompagnement de l'adoption et un meilleur soutien bienveillant pour les familles adoptives".

Pour pousser le raisonnement, encore plus loin, de temps en temps, dans "mon" service de nourrissons, qui reçoit.... peu de petits adoptés, j'ai des enfants qui ont de grosses pathologies et pour lesquels quelques parents nous font des scandales en nous disant qu'ils veulent que leur enfant sorte à tout prix. Parfois ils me disent "J'aime pas l'hôpital !"... je leur réponds : "Moi aussi !". Effectivement, c'est un scandale que des hôpitaux existent, que des médecins existent, surtout ceux pour les enfants, le scandale c'est que la maladie, la détresse sociale existe... pour parler de ce qui nous occupe le plus dans nos services (sans parler des pyromanes qui nous ont bien occupés à Dijon, ces dernières semaines, eux non plus ils ne devraient pas exister). Mais l'hôpital est utile, comme l'adoption, comme la démarche individuelle... ces trois choses qui ne devraient pas exister, et bien je les aime bien.

Mais, entre interdire l'adoption individuelle, et un statu quo immobile, il y a beaucoup de place. Je suis souvent pris à partie pour m'exprimer sur ce sujet... et pour simplifier si vous ne me verrez pas signer des pétitions pour l'adoption individuelle, vous pouvez être sûr que je serai là pour m'opposer à son interdiction, dans l'état actuel des choses.

Parce que je crois que sans adoption individuelle des familles resteront sur le pavé, et plus encore des enfants adoptables aussi ! Mais aussi parce que je sais qu'adopter par une OAA ou l'AFA n'amènent pas forcément toutes les garanties (le risque est moindre, mais le risque existe). Mais encore parce que la plupart des parents qui adoptent en individuel sont responsables et qu'ils savent les dangers auxquels ils s'exposent en faisant n'importe quoi ! Pas tous, mais l'homme reste l'homme.
Encore une raison, l'adoption individuelle permet parfois de réaliser des histoires magnifiques, des relations, des rencontres qui ne seraient pas possibles dans d'autres cas.

J'ai été amusé par les petites remarques, me rappelant que moi aussi, j'avais adopté en individuel. Vous n'avez pas tort, de le faire, car certains oublient facilement de telles choses, sachez que je n'ai pas oublié mes trois adoptions individuelles et que j'en suis fier.

Mon histoire personnelle est un détail et je n'écris pas ce nouveau billet pour me justifier, mais pour faire évoluer le schmil-blick. Parlons de la Polynésie, mon deuxième pays, mon terrain de recherche. J'ai vu là-bas, les plus belles adoptions du monde avec des relations de confiance privilégiées, autour d'un berceau avec 4 parents (parfois seulement deux mamans) unis et d'accord pour le bonheur d'un enfant. J'y ai vu aussi les plus moches, beaucoup beaucoup beaucoup plus rares, mais je n'ai pas envie de fermer les yeux, j'ai vu de jeunes mères à qui on forçait la main pour se séparer de leur enfant, j'ai vu un bébé vendu aux enchères. A cause de ces histoires doit on condamner toutes les autres... ai-je besoin de donner ma réponse ?

Interdire l'adoption individuelle NON.
Ne pas laisser faire n'importe quoi OUI. Pour 99% des clients, les détecteurs de vols à la FNAC seraient inutiles, mais pour le budget de la FNAC c'est utile.
Accompagner les familles et ne pas les abandonner face à leurs questionnements OUI.




PS: rien que pour Bernardo, ta définition de BK est excellente, est elle de toi ?

mercredi 12 janvier 2011

Une nouvelle interview du Professeur Paul Larry-Soulant dans L'immonde

L'immonde : Professeur, merci tout d'abord de vous présenter à nos lecteurs qui lisent notre journal, habituel arbitre des élégances, comme a dû vous l'expliquer votre brillant éditeur...

Pr Paul Larry-Soulant : je suis taxidermiste clinicien, orientation Kirkegaard, ascendant de sagesse.

L'I : Rentrons tout de suite dans le vif du sujet, que pensez-vous du rapatriement des enfants de Sumatra suite à l'éruption du Krakatoa...
Je rappelle à nos sympathiques lecteurs que cette éruption a eu lieu en 1883 et que comme d'autres vous vous êtes offusqués de la rapidité avec lesquelles les autorités de notre présipauté on permit le rapatriement des enfants de Sumatra adoptés par des grolandais....

Pr PLS : oui, c'est une honte, 127 ans, de qui se moque-t-on ? Est on sûr que ces enfants étaient bien orphelins, a-t-on vraiment pensé à vérifier qu'il n'avait pas un ascendant, (voir un descendant depuis les temps) au moins au 12° degré...
avant d'imaginer une telle ignominie. Ce rapatriement est injustifié et beaucoup trop précipité...

L'I : Effectivement, rappelons à nos sympathiques lecteurs que la dernière vague de ces enfants est arrivée la nuit dernière en galère...
Pourtant certains de vos confrères, s'inquiètent de l'état de santé, des éventuelles épidémies que risqueraient ces enfants si leur séjour se prolongeait à Sumatra...

Pr PLS : il n'en est rien, je me rends chaque semaine à Sumatra, mon cabinet de taxidermie déborde d'enfants du volcan, ils vont tous très bien, je n'ai constaté sur 8346023 enfants que j'ai examiné qu'un seul cas de cor au pied et une légère (elle ne touchait que deux enfants) épidémie d'ispoiétose aiguë !

L'I : Enfin vous vous inquiétez, des capacités des parents adoptifs de notre présipauté à accueillir de tele enfants, ayant vécu de tels traumatismes.

Pr PLS : en effet, depuis 117 ans que les rapatriements des enfants de Sumatra ont débutés, j'ai assisté à tous les débarquements des galères dans le port de Toulon. J'ai donc pu constater que les parents qui attendaient ces enfants accumulent les facteurs de risque : 93% étaient polygames, 77% avaient un caniche nain, 23% un régime macrobiotique, 17% utilisent encore leur bidet, 31% envisagent de voter pour André Lajoinie, 57% utilisent le Chat Machine, 63% ont achetés à leur facteur un calendrier avec une photo de chatons, 28% écoutent des disques de Mika et seulement 0,0001% envisagent d'acheter mon livre..... et le premier geste de tous ses parents a été dès l'arrivée de leur enfant de leur mettre un ridicule collier en faux ambre, dans le seul but de limiter leur maux de dents.









J'ai écrit ce texte par provoc en pensant à celui que je respectais profondément pour ses profondes convictions pour l'adoption, pour en limiter les risques et pour aider l'accompagnement des familles.... convictions que je partageais et que je sais qu'il n'a pas oublié, je reste même persuadé qu'il les a encore. J'aimerai seulement lui montrer combien en mélangeant des réalités et des inepties on pouvait être ridicule !